Ce texte est un extrait du discours prononcé le 21 août 1849 par Victor Hugo lors du Congrès de la paix.
Un jour viendra où les armes vous tomberont des mains, à vous aussi ! Un
jour viendra où la guerre paraîtra aussi absurde et sera aussi
impossible entre Paris et Londres, entre Pétersbourg et Berlin, entre
Vienne et Turin, qu'elle serait impossible et qu'elle paraîtrait absurde
aujourd'hui entre Rouen et Amiens, entre Boston et Philadelphie. Un jour
viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous
Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités
distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez
étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la
fraternité européenne, absolument comme la Normandie, la Bretagne, la
Bourgogne, la Lorraine, l'Alsace, toutes nos provinces, se sont fondues
dans la France. Un jour viendra où il n'y aura plus d'autres champs de
bataille que les marchés s'ouvrant au commerce et les esprits s'ouvrant
aux idées. - Un jour viendra où les boulets et les bombes seront
remplacés par les votes, par le suffrage universel des peuples, par le
vénérable arbitrage d'un grand sénat souverain qui sera à l'Europe ce
que le parlement est à l'Angleterre, ce que la diète est à l'Allemagne,
ce que l'Assemblée législative est à la France ! (Applaudissements.)
Un jour viendra où l'on montrera un canon dans les musées comme on y
montre aujourd'hui un instrument de torture, en s'étonnant que cela ait
pu être! (Rires et bravos.) Un jour viendra où l'on verra ces
deux groupes immenses, les États-Unis d'Amérique, les États-Unis
d'Europe (Applaudissements), placés en face l'un de l'autre, se
tendant la main par-dessus les mers, échangeant leurs produits, leur
commerce, leur industrie, leurs arts, leurs génies, défrichant le globe,
colonisant les déserts, améliorant la création sous le regard du
Créateur, et combinant ensemble, pour en tirer le bien-être de tous, ces
deux forces infinies, la fraternité des hommes et la puissance de Dieu !
(Longs applaudissements.)
Victor Hugo, né à Besançon en 1802, est peut-être encore le Français le plus célèbre dans le monde, hors effets de mode.
Voici les grandes causes défendues par Victor Hugo:
- la nécessité de l'instruction
- le droit des femmes, des enfants, des peuples
- les prises de positions contre la peine de mort, pour l'amnistie des communards et des proscrits
- la lutte contre la misère et pour le progrès
- les moyens que sont la République, la constitution de l'Europe et la pensée d'une république universelle.
Publié en 1831, le roman Notre-Dame de Paris se déroule au Moyen
Age. Il met en scène, entre autres, Esmeralda (une jeune bohémienne),
Frollo (l'archidiacre) et Quasimodo, le monstrueux sonneur de cloches.
Mais le "personnage central", c'est la cathédrale Notre-Dame de Paris.
Ce poème, composé en 1847, appartient au recueil Les Contemplations (1856).
Pour le comprendre, il faut savoir que quatre ans plus tôt, la fille de Victor Hugo, Léopoldine et son mari se sont noyés dans la Seine à Villequiers.
Ce poème repose sur un coup de théâtre. On pensait que le poète voyageait pour retrouver sa belle, et il s'agit en réalité d'un pélérinage.
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
3 septembre 1847.
Victor Hugo (1802-1885), Les Contemplations
La Ville de Paris conserve les deux maisons où Victor Hugo vécut le plus longtemps :
L’Hôtel de Rohan-Guéménée, Place des Vosges à Paris où il loua pendant seize ans (de 1832 à 1848) un appartement de 280 m2 au deuxième étage
Hauteville House, maison acquise à Guernesey où il vécut quinze ans de l’exil (de 1856 à 1870).
Victor Hugo s’installe Hôtel de Rohan-Guéménée à trente ans, avec sa femme Adèle, et leurs quatre enfants, Léopoldine, Charles, François-Victor et Adèle. Il a déjà connu le succès d’un grand roman « Notre-Dame de Paris ». Dans les salons de son appartement donnant sur la Place Royale (aujourd’hui Place des Vosges à Paris), il reçoit de nombreux poètes et écrivains : Vigny, Lamartine, Dumas, Mérimée, … C’est là qu’il écrit quelques-unes de ses œuvres majeures (Marie Tudor, Ruy Blas, Les Burgraves, Les Chants du crépuscule, Les Voix intérieures, Les Rayons et les ombres…), une grande partie des Misérables, le début de La Légende des Siècles et des Contemplations. À cette époque, il devient académicien, pair de France et député, il rencontre Juliette Drouet, marie Léopoldine à Charles Vacquerie. Sept mois plus tard, le couple se noie à Villequier. En 1851, le poète proscrit* quitte la France pour un exil de dix-neuf ans.
Le 16 mai 1856, grâce au succès des Contemplations (un recueil de poèmes), il achète à Guernesey « Hauteville House », grande maison blanche avec jardin surplombant l’océan. Passionné de brocante et doué d’une imagination débordante, Victor Hugo y rapporte des bahuts et des coffres, des faïences et des objets (figurines, miroirs, tapis…)
Il y vit jusqu’à son retour en France en 1870, après la chute du Second Empire et y fait ensuite quelques séjours (un an en 1872 - 1873, une semaine en 1875, quatre mois en 1878). C’est là qu’il signe quelques-uns de ses chefs-d’œuvre: La Légende des Siècles, Les Misérables, William Shakespeare, Les Chansons des rues et des bois, Les Travailleurs de la mer, L’Homme qui rit…
Proscrit : chassé, banni, exilé
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